Le horla


« – Ceci est mon dernier acte d’homme libre.
– Non, viel homme, il est ton premier acte d’homme fou. »

Au travers la représentation librement inspirée de la nouvelle « Le Horla », plus précisément de la dernière étape fatale du narrateur, nous illustrons l’état mental fragile et la chute d’un génie, le déclin avant l’internement d’un grand écrivain, que nous identifions au héros de la nouvelle.

Extrait de notre feuille de route

Allégorie rééxplore le thème de la folie, et celui du fantastique. Nous adaptons cette fois ci une nouvelle : la seconde version du Horla de Guy de Maupassant, publiée en 1881 dans le quotidien Gil Blas.

(…)

Dans ce récit présenté comme un journal et raconté à la première personne du singulier, Maupassant brouille les pistes de la transition qui mène de la raison à folie, et de la perception du lecteur, de ce qu’il peut considérer comme surnaturel, ou plausible, explicable rationnellement. Nous ne voyons que par celui qui deviendra fou et nous le suivons dans sa chute. Le narrateur de cette histoire, via la forme du journal, nous rapporte les troubles et angoisses dont il se dit victime avant de sombrer dans l’inexorable gouffre de la folie et ne que n’entrevoir que la mort comme ultime délivrance. Celui-ci se plaint de maux physique, puis mentaux, qu’il essaie désespérément d’expliquer médicalement, mais  la fièvre et la fatigue laissent place aux hallucinations et aux sentiments certains, impressions déconnectées d’explications cartésiennes et rassurantes, d’être épié et possédé par un être qu’il nomme Le Horla.

Contexte médical notable de l’époque

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la psychopathologie connait de grands progrès. La folie fascine le peuple comme les plus érudits, en particulier l’hystérie, maladie féminine associée à la volupté, bien évidement fascinante de par l’interdit et le scandale qu’elle soulève. Cette tare devient à la mode, et est, selon, Mirbeau, contemporain de Maupassant,  omniprésente et bien trop envahissante dans les représentations littéraires et iconographiques du XIXe.

Un neurologue, Jean Martin Charcot, su tirer une certaine notoriété de cette mode donc il fut en parti l’inhibiteur. A l’origine de la création d’une sorte d’asile de femmes hystériques, étudiées telle des phénomènes de foire à l’école de la Salpetrière, Il suggère que l’hypnose peut guérir toutes sortes de maladies, dont bien sur, la folie. Il réussi à légitimer l’intérêt thérapeutique de l’hypnose en 1878 en soignant par la suggestion une contracture au poignet.                                          .
Grace à cette reconnaissance Médicale, dès 1880, certaines leçons d’hypnose et démonstrations sur les malades étaient ouvertes au public, y ont donc assisté entre autre, Sigmund Freud, encore inconnu à l’époque, Emile Zola,  Edmond de Gongourt et Guy de Maupassant, fasciné par la télékinésie, l’hypnotisme… en bref, la folie dans toutes ses manifestations les plus surnaturelles.

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L’intérêt grandissant de Maupassant sur ce sujet lui a donc inspiré de nouvelles œuvres. Bien qu’il portait dessus un regard assez lucide, en se moquant de l’utilisation excessive du terme et de la théâtralisation de cette pathologie, son intérêt très marqué pour le sujet et sa crainte de celui a sans doute participé à son déclin. « Notre perception est limitée, bien des choses nous échappe« .

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Nous nous intéressons aux dernières années de l’auteur c’est à dire à sa chute.

En 1876, à 27 ans, Maupassant contracte la Syphilis, qu’il ignore en multipliant les conquêtes et choisis de ne soigner plus sérieusement qu’à la fin de sa vie. Après avoir travaillé en tant que fonctionnaire dans plusieurs ministères, il arrive enfin à vivre de l’écriture en tant que auteur et journaliste 1880 et à s’élever socialement. L’année suivante, il engage François Tassard (un des personnages de notre tableau), son valet et biographe.

La syphilis, qui fut à l’origine de lourdes souffrances pendant 16 ans, le rend assez tôt aveugle par intermittence. Sa maladie lui cause ensuite des problèmes de mobilité. A partir de 1889, il sombre progressivement dans la dépression, de plus en plus intolérants au bruits et manifestations extérieures et affecté par le décès de son frère, Hervé, en asile psychiatrique, il souffre de plus d’hallucinations et crois voir, tantôt son double, tantôt des fantômes ou personnages fantaisistes. Jusqu’à son internement, il reste conscient et assiste en spectateur à sa dégradation physique et mentale.

(…)

Maupassant aurait, en 1886, selon un médecin, vu un double s’asseoir à son bureau à côté de lui et lui dicter ce qu’il écrivait.                                              .

Son état se détériore, humilié d’avoir manqué de crédibilité en public – sa mère faisait parti de l’assemblée, c’est elle qui prendra la décision de l’internement – en tenant des propos farfelus dicté par sa démence, le 1er janvier 1892, il tente de se tirer une balle dans la tète. Le revolver avait été préalablement vidé par son valet, inquiet de son état. Il s’ouvre donc la gorge, mais survit à cette automutilation.

Les trois personnages du tableau

  • Guy de Maupassant
  • Francois Tassard/ Le horla
  • Rose domestique, complice du Horla

Il faut aborder les deux maléfiques (Rose et François Tassard) de ce tableau comme des personnages « multifonctions », leurs attitudes et apparences dans ce tableau illustrent le mécanisme défaillant du mental de l’écrivain, en proie à ses délires hallucinatoires.  Il faut marquer l’ambiguïté : ils sont des domestiques, honnêtes et dévoués, mais le regard subjectif et déformé du narrateur/Maupassant lui fait identifier ceux qu’ils côtoient quotidiennement comme étant les fameux être invisibles qu’il essaie de piéger.

(…)

Certain de l’existence de ce double invisible, le narrateur choisis de le supprimer par le feu en l’enfermant dans une pièce et en incendiant sa demeure.
Nous sommes dans la nuit du 1er janvier 1892, juste avant qu’il ne tente de se suicider. Nous sous entendons que sa tentative de suicide aura lieu, en fonction de ses plans morbides, au milieu du brasier. Elle sera suggérée dans le décors par présence d’un pistolet et d’un poignard aux allures de coupe papier mais pas montrée directement.

L’instant prégnant choisis ici le montre en train de guetter ou de se « battre » en duel avec le Horla, surveillé par Rose.                                           .
Il s’apprête à allumer un feu dans la pièce ou il se trouve. Des flammes embrassent déjà les pièces voisines
Maupassant se sait perdu, il est conscient de la dégradation de son état de santé, il se raccroche à sa gloire passée, cette pièce est une sorte de tombeau de son succès. Un numéro des « Echos de Paris » sera mis en avant avec, en couverture, le titre de la nouvelle Qui Sait?, accessoire qui fera office d’un sorte de sous titre diégétique à ce tableau.

Quelques photos coulisse


En résonance à d’autres tableaux allégories, le portrait de la marâtre de La Folie, vaincue dans le tableau Samain, dernière errance, sera accroché au dessus de la cheminée, photo ci dessous. (Séance portrait prévue le 13 novembre)

 


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