Abracadabrantesque


« – Qui es-tu, Corbeau?
– La réalité, mon enfant
– Et cette lame, corbeau?
– La vérité, ma douce. »

Extrait de notre feuille de route

« Je donnerais bien volontiers toutes les richesses,
Fruits amers du déclin de la vie
Pour être a nouveau petit enfant
Durant une seule nuit d’été.

Ding! C’est l’heure du 20ème tableau! Suivez le lapin blanc au fond du terrier!

Je vous propose, cette fois ci, une mise en scène beaucoup plus légère et extravagante que les dernières réalisations, dénuée de toute réalité.

Je l’avoue de suite : je suis allergique au conte de Lewis Caroll, déjà trop adapté et, par conséquent, un peu trop « à la mode ».
Je l’ai pourtant préféré, à la fin de mes premières recherches, à l’œuvre non dénuée d’intérêt de JM Barrie ; Peter Pan, que je vous invite à lire.
Plutôt attirée par l’onirique que par la description fataliste et triste d’une enfance  condamnée à stagner dans le pays imaginaire car voulant échapper à sa disparition, aux contraintes du temps qui passe, et aux futures vies d’adultes désillusionnés ; la nouvelle allégorie va donc plutôt suivre le chemin de la fillette dans le pays des « merveilles ». Peter Pan est avant tout le symbole personnifié du refus du temps et de la mort via l’immobilité l’éternelle.  Alice au pays des merveilles et sa suite De l’autre côté du miroir – mondes dans lesquels personne n’a  la tète coupée car systématiquement gracié par le roi, en contre ordre à la sentence martelée de la reine – s’apparente plus à un voyage initiatique.

Ce conte est une quête identitaire, le point de vue se place du côté de la fillette : ingénue en opposition constante aux absurdités qui l’entourent dans le pays des merveilles, métaphore d’une société victorienne aliénante ; il dénonce la cruauté du monde adulte envers les enfants.

Cette nouvelle mise en scène prendra vie dans une chambre d’enfant XIXe.

Elle met en scène un quatuor de personnages survoltés dont seul le principal de cette joyeuse bande est de chaire et de sang : Alice Liddel – Natacha S, L’insaisissable – Natacha « Petite Lune », Le Corbeau – Iwan Lambert et le soldat de plomb – Nicolas Ferron ou Jeremy Gudefin.

Au travers cette adaptation, je souhaite mettre en évidence les failles d’un monde vu comme idyllique par l’adulte nostalgique de l’âge innocent.

Via un visuel coloré, et surtout édulcoré, je souhaite sous entendre que cet univers trop idéalisé n’est qu’une réalité créé de toutes pièces, maitrisée, et imposée par l’adulte, désireux de protéger et/ou contrôler et/ou rassurer son enfant.

Qui n’est pas charmé à l’idée de teinter de rose murs et plafonds et d’encombrer de peluches et créatures à priori rassurantes la chambre d’un enfant à venir? Enfant qui sera accueillit comme le petit prince ou la petite princesse d’un micro pays imaginaire que construisent dans l’attente les futurs parents.

Offrir un cadeau à un tout petit nous impose forcément un choix de formes simplifiées à l’extrême, de couleurs « flashy »… bref, dans notre ère moderne, celle de l’enfant « roi », l’âge tendre est  maintenu dans un monde (apaisant?) préfabriqué.

         Prisonnier de cette réalité artificielle sécuritaire, l’enfant ne peut réellement posséder celle ci que par l’imagination.

Je le concède, c’est une vision très personnelle de l’enfance ; je considère que le contexte de vie de l’enfant peut être dangereux et aliénant, d’ou la difficulté de certaines personnes à passer à l’âge adulte, problème nommé « syndrome Peter pan ».
Sous les apparences douces et rassurantes perçues par le monde adulte, le monde de l’enfant est bien plus complexe et dangereux, lieu de grandes guerres imaginaires dans lequel celui ci s’exprime via des situations inventées abracadabrantesques, féériques, menaçantes… ou tout à la fois!  

Le contexte historique

          En 1865 parait Alice au pays des merveilles, suivit, quelques années après, par De l’autre coté du miroir, nous sommes en pleine période victorienne, époque qui correspond au règne de la reine Victoria Ier  de 1837 a 1901. La société britannique, en pleine transformation, vit selon des codes moraux très strictes : le sens de la famille, du devoir, le zèle religieux, l’horreur des vices et de tout ce qui sera considéré par l’ordre religieux comme mauvais (d’ou le dégout de la sexualité affichée par une population soucieuse de ressembler au modèle de vertu incarné par la reine), l’investissement dans le travail… font partis des valeurs prédominantes de l’époque. Dans cette société en plein essor industriel, très guindée et (trop) retenue, les enfants sont considérés très tôt comme adultes.

(…)

Charles Lutwidge Dodgson mathématicien lunaire et peu sociable, issue d’une famille traditionnaliste stricte, n’avait, pour fréquentations amicales et amoureuses, que des enfants.
         Alice Liddel fut sa « relation » la plus marquante puisque c’est elle qui fut l’inspiratrice de l’un des contes les plus connus des cultures collectives.

Nous nous baserons donc sur la complexité et l’ambigüité de son rapport avec Alice, mélange de jeux, de désir et aussi d’amour, comme en attestent certaines lettres assimilables à celles qu’un amoureux jaloux écrites à sa jeune amie, afin de construire le personnage du corbeau.

(…)

L’oeuvre  de Lewis Caroll, avant d’être un vaste paysage de la psychologie enfantine, est une critique de la société victorienne.
Les personnages ne sont que les trompes l’œil du merveilleux. Sous ces apparences féériques, ils sont les esquisses des classes de l’époque : le lapin blanc angoissé du tic tac trop rapide de sa montre évoque les ouvriers oppressés par le travail et la productivité, outils humains et exécutants de la révolution industrielle.      Le chapelier fou, être flegmatique, uniquement attentif à son  thé et aux longues discutions de salon peut être assimilé à l’aristocratie en marge du monde.     Cet ensemble de fous peu moralistes, peu préoccupés par leurs confrères, mais seulement par leurs intérêts et leur mode de fonctionnement, peuple le rêve de la jeune Alice.

Dans cet étrange parcours, la logique n’existe plus. Alice est perdue mais essaye de trouver son chemin. Elle de dispose pas de repères spatiaux (la petite se métamorphose sans cesse en changeant de taille de manière parfois disproportionnée), elle passe d’un lieu à un autre sans aucune logique, comme si ceux ci étaient accolés les un aux autres. Cet univers ne propose également aucun repère chronologiques : les personnages se souviennent du passé comme de leur avenir, le temps, traité comme une entité à part entière, s’écoule comme bon lui semble. Le lecteur se perd avec la jeune fille dans ce labyrinthe absurde.

Conformément à l’éducation qu’elle a reçue, les règles de bienséance et l’usage excessif de la politesse sont les derniers repères de la petite, qui passe, dans ce monde dépourvu de codes sociaux, pour une folle. Elle ose se rebeller contre ce qui lui semble anormal et réclame justice dans un monde qui n’a pas la notion de bien et de mal.

La jeune fille, perdue dans son propre rêve, dans sa propre imagination, est peinte par l’auteur comme une guerrière moderne, en quête de son identité et de sa place dans le monde. Tout au long de la trame de la seconde partie De l’autre côté du miroir elle cherche un endroit où elle serait à son aise et pense, au final, que la place de reine lui conviendra, elle se pose également la question « Qui suis je? » à plusieurs reprises et va jusqu’à oublier son propre prénom lorsqu’un animal lui demandera de se présenter.

Au travers ce conte pour Adultes, Alice est le premier personnage de la littérature enfantine à s’opposer aux adultes, en montrant du doigt leur orgueil, leur autorité arbitraire et l’hypocrisie de ce monde. Alice au pays des merveilles est une sorte de tableau du parcours initiatique de l’enfance dans son propre univers, il illustre la peur de grandir trop vite des marmots trop rapidement responsabilisés.

Je ne souhaite pas faire une adaptation fidèle de ce conte.
Mon objectif est de donner une image plus universelle du combat imaginaire, des rêves et des craintes d’un enfant à partir des « totem », c’est à dire, des personnages clés du conte. Ces deux histoires et l’utilisation d’éléments évocateurs issues des créations de Lewis Caroll, via notamment le choix des personnages et de leurs enjeux individuels permet d’interpeller plus vite mon spectateur en faisant appel à des références connues de (presque) tous.
Je transpose Alice, en porte étendard des enfants choyés, oppressés dans un monde artificiel ; dans sa chambre, et dans ses rêves, ou se dressent les emblèmes du désir et de l’amour immodéré pour la mère, la peur du monde adulte, de ses perversions, du temps qui passe et qui nous rapproche inexorablement de cet âge désillusionné. ‘Fantasmes ‘enfantins et cauchemars se côtoient dans les aventures imaginaires de Alice et de son jouet fétiche, le petit soldat. Via une histoire particulière, je propose un tableau acidulé et plus général de la petite enfance.

Les personnages

Alice Liddel

Notre Alice est une aventurière qui évolue dans le monde imaginaire qu’elle s’est créée dans sa chambre d’enfant.
Elle interagît avec les 3 personnages qu’elle à inventé à l’occasion de ce jeu. Son objectif : atteindre l’insaisissable avec l’aide du petit soldat, en évitant le corbeau, qu’elle craind.

L’insaisissable

Elle est l’objectif, justement insaisissable, de la jeune Alice.
Souriante mais solennelle
Ce personnage ambigu doit évoquer la reine tyrannique de Alice au pays des merveilles.  Elle incarne, de manière plus générale, l’idéal de chaque enfant, la mère, la fée, la bonne étoile, protectrice que la fillette ne peut atteindre.
Le soldat de plomb aide Alice à l’atteindre et la défend du corbeau. Le corbeau ne voit pas l’insaisissable.

Le Corbeau

Tel le capitaine crochet, personnage triste et solitaire, incarnant pour JM Barrie l’adulte que l’enfant craind et ne veux pas devenir, il est la part d’ombre du monde adulte, il est le temps, qui veut s’emparer de l’enfant et de son innocence avec l’age de la maturité.
Armé d’un appareil photo, ou d’un sabre selon les photos, il barre la route de l’enfant et se fait l’ennemi du soldat de plomb. Il doit évoquer le désir de Lewis Caroll pour Alice, il sera donc très invasif envers Alice, sabre ou bras toujours tendus vers elle pour pose debout.
Personnage en mouvement mais discret, il se faufile dans le décors pour atteindre sa belle, à la manière d’un monstre rampant.

 Le Petit Soldat de plomb 

         Il s’agit d’un rôle totalement fantaisiste par rapport aux œuvres initiales, inspiré par un conte du même nom ayant marqué mon enfance.

Ce personnage est une sorte de boussole de lecture de ce tableau. Il est une sorte de jouet/enfant ami de la jeune Alice.

Il est attentionné, mais surtout maladroit, et passera d’un camp à un autre involontairement : c’est en singeant les manières étranges du corbeau qu’il va lui aussi, sans en prendre conscience, s’opposer aussi à Alice. Même en cas de situation dangereuse, il agit de manière décalée : il reste léger, il s’amuse en permanence, aussi

         Ce sont les « choix » du petit soldat de plomb qui orienteront les tableaux. J’ai crée ce personnage suite au besoin de trouver à Alice un complice bien plus polisson et naïf dans un trio trop solennel.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *